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Poésie de Nassira Tolba

Au Gré de la Mort

Je veux dissiper des brumes sans efforts
Sombrant le pays sans remords.
Je veux déchirer le silence du voile,
Sur le sable sans heure et sans mémoire,
Je gribouille l’automne sanglant sans faveur,
Le temps brouillé semble dormir pour toujours.

Au gré de la mort
Ô tourterelle ! Chante ! Chante ! pour mon pays,
Chante ! Encore pour l’enfant perdu,
Pour atténuer les maux des blessures imprévues
Pour désaltérer l’être assoiffé que je suis.

Au gré de la mort
Je dénigre l’hiver et son noir persistant
Repoussant la tendresse et la beauté du printemps
Où rajeunit le temps grisonnant.
Au seuil du temple, je prie à mon tour
Pour revoir mon pays se réjouir de paix et d’amour,
Je demeure l’enfant du pays pour toujours.
Au gré de la mort
Je viens débroussailler la tombe sans vie,
Je viens demander ton avis,
Il suffit d’être ici pour détromper la réalité.
Sous l’ombre de l’olivier désemparé
Je viens te chuchoter mes secrets.

Au gré de la mort
Ma mémoire se brouille et s’enfonce dans l’oubli,
Un rameau se propose d’écrire un temps de ma vie,
Le quotidien s’écoule au rythme du clocher,
Bref… Tout est rappel d’un temps ensanglanté.

Au gré de la mort
J’ai appris à réciter l’hymne sans fanfare,
Qui me rappelle le courage et la gloire.
Quand la solitude accentue l’ennui,
Sur le sable, je te dessine et j’en pleure sans cri.
Au bord de la rivière, non loin de la cité,
En jetant les cailloux sans envie,
Je m’amuse à fendre inlassablement les flots croupis.
Autour de moi, j’observe, sans mot dit,
Sans maître, sans amour et sans ami,
Le deuil ingrat remplit les boulevards engloutis.

Au gré de la mort
L’aurore rampe légèrement sur la terre molestée,
Les feuilles jaunissent les cours désertées,
L’école s’endort sur les tables du cours boycotté,
Sur les feuilles ma plume glisse sans dictée,

Je me réfugie derrière le verbe éreinté.
A la récrée, les mômes fredonnent le temps frémissant,
Sur le tableau noir sans craie et sans leçon,
J’entends
LI.BER.TE.

Le Cri du Cerisier

Là ! sous l’orgueil du temps
Pluie, neige ou vent
Entre « l'automne-bohème »
L’humeur du poème inachevé
Et les sanglots d’un enfant égaré
Un être vit de sagesse et de poésie
Au pas de la porte usée
Nos regards se croisaient,
Dérobent mystères et secrets
Attestent le serment de l’amitié
Au petit matin, son attrait Séduit
L’appétit des abeilles, des oiseaux,
Des papillons et l’enfant du soleil
Au coin de la rue attristé
À midi, tous renoncent au jeu
S’étalent sur la cour fleurie
Au gré du somme satisfait
Sans se soucier des intrus
Et la mémoire sacrifiée
Sous les ombrelles des fillettes,
Fleurs et fruits ornent les serre-têtes
Embellissent robes et jupettes
Pour être belles les jours de fête
Quand la baladeuse brise se frotte
Contre mon corps enchanté
Le feuillage frémit, se sent honorer
De la famille, je suis l'aîné
Le grand-père m'a semé ici
Pour ma bonté, mon fruit et
Ê tre témoin du temps mystifié
Les silhouettes indéfinies froissent
Déchirent « l’enfance-candide »
Le geste aux crocs inassouvis
Bouleverse l’ordre établi
Gifle l’innocence humiliée
J'ai vu le destin passer
Prendre ses vies et ses écrits,
Naissances, joies et malheurs
Les évènements se sont succédé…
J’ai vu la raison qui déraisonne
La conscience qui se fige
Le corps qui s’alourdit
L’âme qui s’enfuit…
Et le souffle qui se tue
J'avais la lourde tâche mes amis!
Protéger l’enfant du virus,
De l'intrus et la méchanceté! ...
L’enfant… Adulte devenu
Sans tarder le poète découvrit
La puissance des mots et leur magie.
Déjà ! Elle, poète, pense à la poésie.
Aujourd'hui, ma plume écrit
Cherche l’inspiration d’antan,
É voque péniblement la mémoire
Le temps s’égare, s'assoupit
Au fond de mon âme à l'abri
Refuse de ressusciter le passé
Sur la feuille froide et dévêtue…
Les souvenirs résonnent, s’éveillent
Lourdement d'une lointaine léthargie
L’ombre exclue, interdite
De la Cité « Cérasus » de mon enfance
Ose déchirer la souffrance du silence
Les sanglots et les supplices
Les rires, les joies et les bonheurs
De la fleur confisquée
Pour enfouir le mal ankylosé
Les hirondelles vêtues de soie noire
É chancrée jusqu’à la taille
Entrent en concert ce soir
Valsent au gré des murmures
Feuilles, grappes et ramures
La jouvence impose la vie
Provoque l’intimité de la pudeur
Bercée par la lumière tamisée
Peu à peu l’ombre fleurit
Cérasus pour les romains
Les arabes me baptisèrent
Le "Fruit des Rois"
Je poétise leurs tables et leurs soies!…
Noble, je l’étais autrefois…

(Le Poète chuchote à l’oreille du cerisier un petit secret)
« Sais-tu?! Quand j'ai des envies,
Je n'ose savourer les vermeils du paradis
Pour ne pas arracher l'âme du passé »

Le Lac des Aurès

Ici
Esseulée, sur la rive de la vallée
Je m'incline, j'obéis au cœur embrasé
Au gré des distances, des songes et des nuits
L'éloignement affecte mon esprit, j'écris :

Là-bas
Un étrange lac habillé de nénuphars,
Les flots verts inondent le fond de son regard
D'où s'évaporent l'ivresse et l'or du soir
Hissant haut la lyre comme un encensoir.

Là-bas
Alors qu'une goutte glisse et se pose
Sur la joue vêtue de rouge et de rose,
Les rêves débordent sur les paupières
Et l'amour réjouit l'émeraude du désert.
Là-bas

Le lac s'endort, ferme les pétales de son cœur
La rosée déchire le silence des fleurs
Ouvre le bal par un prélude d'Orphée
Grisant l'oasis du lac ensorcelée

Là-bas
L'amour frétille, s' emporte sur le pavé,
Voile sa pudeur de feuilles d'olivier,
Convoite la paisible symphonie des flots
Prise au piège comme l'île dans l'eau
Ici

Tard, dans le soir, la muse seule sur son lit,
Propose à Morphée de veiller la nuit
Auprès du cœur peiné, privé de liesse
En attendant le réveil du lac des Aurès.
Poème dédié à Orésus

Constantine

Ô Constantine!
Crois-moi, je ne sais comment annoncer
Sentinelle montant la garde de l'année,
Femme fatale vêtue en blanc dominant l’univers
Ou femme rebelle repoussant tout acte d'autorité? !
Le chemin tracé sur les cimes des rochers antiques,
À tes pieds témoigne le Rummel de l’histoire tragique,
Orne ton corsage en colliers de perles magiques
À tout instant présent pour te chérir à l'heure romantique.

Constantine!
Que la paix soit pour toi! Le nom de ta religion l'indique,
Tu as percé mon cœur avec la célèbre plume de l'Imam.
Unicité, fraternité, fierté de l'Islam.
Sur les plaques de pierres, je lisais l'histoire défunte,
Savants célèbres disparus, sûrement pas oubliés.
Ils t'ont promis la liberté avant de te laisser
Pour te mettre à l'abri contre les mains des inconnus.

Ô Constantine!
Jadis fut détruite par les différentes colonies.
Aujourd'hui sculptée en édifices préférés.
Jeune sereine comme les larmes d'un enfant prématuré.
Sur les stèles funéraires, c'était le temps de la guerre,
Je murmurais des versets aux paroles divines,
J'aimerais être près de toi un jour de ma vie,
Un rêve comme un autre n'est pas interdit.
Quand j'entends ta voix, ta mélodie
Le chagrin pesant mon cœur s‘atténue.

Constantine !
Ici c'est la saison des pluies.
Les arbrisseaux effeuillés par un geste infidèle;
Pétales et feuilles se balancent en déployant leurs ailes,
Les rues ne sont plus que des déserts inutiles.
Je dis même tout est balayé d'un geste rude et hostile,
Les plaines de narcisses deviennent des endroits d'asile,
Je désire quitter ce pays qui pleure sans arrêt.

ô Constantine !
Ici la nature n'a pas les couleurs d'ailleurs,
Même les cieux ne sont pas charmeurs,
Les minces rayons du soleil ne sont qu'éphémères,
Souriant au jour à chaque éclat de lumière.
Quand le soleil descend peu à peu vers la terre,
Les gris du ciel se heurtent aux écumes de la mer,
Je m'assieds en haut des monts calcaires,
Là ! Je reste des heures à contempler l'instant crépusculaire.
Mes regards s'éloignent au-delà de l'horizon du soir,
Mes yeux s’alanguissent, se fanent dans le noir,
Je crie ma peine au profond de moi-même.
L'eau jaillit des fontaines romaines qui ne sont plus les mêmes.

Constantine !
Ici les rameurs fredonnent le refrain de la triste mélodie
Suivant les pistes de la paisible symphonie.
J'aimerais être près de toi un jour de ma vie,
Un rêve comme les autres n'est pas interdit,
Je désire quitter ce pays qui pleure à l'infini.

Ô Constantine!
Réponds à mon appel je t'en prie,
Ici c'est la saison des pluies
Je sais que là-bas la saison fleurit,
Où, tout s'éveille à la dernière heure de nuit !
Seule, je revis les moments que j'avais vécus,
Un rêve nostalgique que je refuse de partager;
Quand je pense à toi, j’invente des histoires
Pour alléger l’insupportable poids de la peine

Constantine!
La rivière de diamants retentit autour des chevilles,
Des roseaux ondoyés, courtisés et effleurés ;
Aux odeurs du temps et de la terre,
Témoigne encore le Rummel de notre destinée.
D'un geste mimique vient te choyer au réveil,
Toi, endormie dans ton profond sommeil.
En attendant, j'observe un musée qui s'éveille.

Ô Constantine!
Vous passeurs ! Passez doucement je vous implore !
Laissez-moi l'admirer le temps me dévore.
J'ai envie d'écrire des poèmes lyrique encore
J'aimerais peindre ton visage saint et incolore
J'aimerais que le soir demeure au-delà de l'aurore.

Constantine!
Toujours, tu dormais comme un ange heureux,
Sans être réveillée par le fracas des passants orgueilleux
Je chantais pour toi une berceuse de minuit,
À l'aurore, au coucher, qu’importe le temps choisi!
Les ponts ceignent la magie du paysage inouï
Tes paroles fleurissent dans l’esprit,
Ton cœur m'appelle pour me donner son habit.

Ô Constantine !
Réponds à mon appel, je t'en prie!
Sur les portes, je lisais les versets au nom d'Allah
Les vers des poètes aux pieds résistants,
Un proverbe, une citation d’un philosophe
Je ne sais de quelle contrée.
L’écho du chant surgit des entrailles du Rocher
Le palais évoque la clef du poète meurtri,
Disparu pour la liberté de mon pays.

Constantine!
Je sais que tu m'appelles! …
Je voudrais t'offrir le paradis
Je voudrais réciter des odes entre tes mains
Si j'étais riche, je bâtirais un foyer pour les orphelins,
Je bâtirais un culte religieux pour les gamins
Où je graverais à jamais le nom d'Allah au fil de soie! …

Ô Constantine!
Quand je pense à toi! …
Je m'interroge, Qui suis-je cette fois! ?…
Un vieillard branlant de fatigue et de froid?
Ou un poète égaré qui ne retrouve plus sa voix?

Constantine!
Les brumes submergent mon cœur et m’isolent de toi.
Loin des regards impulsifs de la Cité bruitée.
J'entends les cris des ressacs déchaînés
S'arrachent mon poème pour l'emporter.
Loin de toi, ma vie est agonie,
Seules, les larmes restent mes amies.
Sur la pointe des pieds,
Je retourne à la Belle-de-Mai,
Juste des soupirs... sans rien dire...
Sans même mon qalam pour écrire
Ô Constantine!
Réponds à mon appel je t'en prie... !


Extraits du recueil Le Cri du Cerisier

mai 30, 2005 5:46 PM

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